Ethno-selle : répartition géographique des selles de chameaux

Nous voilà maintenant en méharée, je vous invite à une balade technique et ethnographique par une représentation schématique et géographique.

La répartition géographique des trois grands types de selles sahariennes  démontre que ces trois aires culturelles occupent, schématiquement, des compartiments méridiens séparés par des régions à peu près vides – Bassin de Taoudeni/Tanezrouft et Ténéré du Tafassasset – où la vie humaine se trouve considérablement raréfiée.

L’existence de ces sortes de fuseaux Nord-Sud polarise la vie saharienne dans un sens déterminé et en oriente l’économie, les axes caravaniers et les échanges.

Ces aires correspondent à des zones plus favorables au peuplement et aux circulations humaines mais n’autorisaient que peu ou pas de relations transversales parce qu’elles sont séparées par ces régions particulièrement désertiques.

Le domaine occidental est aussi celui des Maures, le central celui des Touaregs, mais aussi des Chaambas, des Kountas et des Berabishs qui utilisent le même type d’harnachement et l’oriental s’étendant du Tibesti aux confins soudanais intéresse des groupes divers allant des Tédas-Dazas aux nomades égypto-soudanais.

 

Le monde Maure et le monde Touareg ne se touchent que par un point actuellement, au Sahel. Le monde Touareg et le monde Téda-daza ne se recouvrent que dans la région du Fezzan.

 

En selle d’est en ouest

 

A l’Est, les selles-bât :

Depuis le Sahara toubou, au Soudan, chez les Afars jusque dans la péninsule arabique, les chameliers utilisent à la fois le garrot et le rein du chameau, et ils montent sur une sorte de selle-bât. Celle-ci enjambe la bosse sans jamais la toucher car il y aurait un risque de blessure pour l’animal.

 

Terké, la selle-bât Toubou

 

Cette selle-bât, le Terké en langue Téda-Daza, prend appui en avant et en arrière sur le garrot et sur les reins de l’animal. D’apparence simple, le Terké  est complexe dans sa fabrication et exige une connaissance parfaite de l’anatomie du chameau.

Il se compose de deux fourches reliées par quatre traverses. Aucun rivet de métal n’intervient, mais des ligatures savantes et des tendeurs de peau verte. La fourche avant repose sur le garrot par l’intermédiaire de deux coussins latéraux. Ce sont eux qui supportent directement le poids du méhariste. Ils appuient sur les deux masses musculeuses qui se trouvent au sommet des côtes, de part et d’autre de l’épine dorsale. Ils doivent laisser libre le jeu de l’épaule et ne prendre appui ni sur les côtes elles-mêmes, ni sur l’épine dorsale, ni sur la bosse. La fourche et le tampon arrière, moins chargés, reposent sur les reins de l’animal.

Le méhariste repose sur les traverses horizontales du Terké, à l’aplomb des coussins antérieurs. Une couverture, une peau de mouton ou de chèvre adoucit et répartit le contact.

Chez les Tédas-Dazas (toubou), le chameau est piloté au pied et à la rêne sur une selle-bât prenant appui sur le garrot et le rein.

L’Ouest, les selles de garrot :

Lorsque les Chaambas, les Maures, les Kountas, les Touaregs et les Bérabish  montent en selle, ils  n’utilisent que le garrot du chameau, l’espace libre en avant de la bosse.

 

Tarik et Tahyast – Les selles Touaregs

Au centre – à cheval si je puis dire sur plusieurs pays, Niger, Libye, Algérie et Mali – se trouve la selle tamasheq. Caractéristique et élégante, la Tarik prend place sur le garrot de l’animal. Elle est constituée d’une assiette portant, à l’avant une croix et à l’arrière un dossier.

Pour monter en selle, le méhariste enjambe l’harnachement et vient prendre place sur l’assiette, les pieds posés sur le cou de l’animal. Le chamelier est en équilibre aussi bien sur son séant que sur ses pieds où il est en contact permanent. C’est par excellence la selle des Touaregs. Elle est aussi utilisées pas les nomades arabes Chaambas. Elle était principalement fabriquée au nord Niger.

La Tahyast, sœur de la Tarik, se rencontre couramment dans le Hoggar, dans l’Adrar des Iforas. Plus sommaire, elle diffère principalement par la forme de son pommeau à planchette et non en croix. Elle est aussi utilisée pour le dressage des animaux car beaucoup plus rustique que la Tarik.

C’est aussi la selle qu’utilisent des groupes maures Kounta et Bérabish du nord–est malien.

La Tarik et la Tahyast en Tamasheq, la langue des Touaregs, est appelé Rahla par les Chaambas, les Bérabishs et les Kountas qui sont eux de langue arabe.

Chez les Touareg, les Bérabishs, les Kounta et les Chaambas, le chameau se pilote au pied et à la rêne sur une selle de garrot.

La Rahla – la selle Maures

A l’Ouest, entre l’occident malien et algérien, l’Océan Atlantique et le sud du Maroc s’étend la Rahla maure, la voyageuse en arabe.

Très reconnaissable avec ses oreilles latérales, d’un excellent confort pour peu que l’on ait des cuisses fines, ce véritable siège-baquet se pose lui aussi à l’avant de la bosse et fait adopter à son cavalier une position haute.

Elle est relativement creuse, à panneau latéraux saillants et arrondis, à pommeau court et arrondi, à troussequin de même forme que les panneaux. Sa construction est savante et consiste en un jeu d’équilibre entre les bois qui la constituent et deux sortes de cuirs qui en séchant la solidifie.

Les jambes du méhariste se placent du même coté du garrot et les pieds n’ont aucun appui. Aujourd’hui, l’ensemble de l’aire maure est de langue arabe hassaniya.

Chez les Maures, le chameau se pilote au bâton sur une selle de garrot.

En guise de conclusion

Que cette approche que je souhaite pédagogique permette à chacun d’entre nous d’avoir une idée fidèle de ce que peut être un voyage en méharée dans la partie centrale du Sahara.

Que vous soyez néophyte où expérimenté, j’espère que l’envie et la curiosité vous pousseront à parcourir les pistes en préférant, comme nous, ce mode de déplacement. Il concoure aussi à une approche touristique responsabilisante et pérenne.

 

 

A bientôt sur les pistes…

Sylvain PHILIP   

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