Le Guelb er Richât : est-ce vraiment une énigme ?

De très grande taille (50 km de diamètre, avec des dénivelés de 30 à 40 m), cet ensemble est difficile à appréhender depuis le sol…

On n’y verra qu’une succession de collines plus ou moins courbes, dessinant des anneaux concentriques, avec en son centre, une sebkha flanquée d’une colline constituée de blocs de brèche.

L’ensemble se situe dans l’Est de l’Adrar à 35 kilomètres de la ville de wadâne, à la limite Nord-Ouest de cet “empty quarter” que constitue la Majabat al Koubra (ici, l’erg Warane).

Le terme pluriel de Richat ou Richât (Rich au singulier), vient d’un mot hassania (dialecte arabe parlé en Mauritanie) signifiant “les plumes” et faisant allusion à la façon dont les cuestas circulaires semblent se recouvrir, telles les éléments d’un plumage.

“Semsiyyât”, autre mot local signifiant « les enfants », désigne une formation annulaire de plus petite taille (3 km de diamètre) située 25 km à l’Ouest du Guelb, et 6 km à l’Est du ravin d’Akhmakou.

Découverte et localisation

 

Cette structure avait été décrite dès 1916, avec d’assez fortes approximations (mais il n’y avait, à l’époque aucune photographie aérienne, et pas de GPS -uniquement boussole, planchette et crayon !-), par les militaires français, puis évoquée par Ernest Psichari dans son livre “Les voix qui crient dans le désert” de 1920 : il y décrit la dépression qui borde le Richat à l’ouest, entre l’enceinte extérieure de la formation et la falaise bordière du plateau de Chinguetti.

Le Guelb er Richât apparaît pour la première fois sur une carte en 1922 (Service géographique de l’Afrique Occidentale Française).

En 1934, Th. Monod est le tout premier scientifique à visiter cette étrange formation (le fac similé de son carnet d’exploration pour la journée du 7 juillet 1934 a été publié dans B. Lecoquierre, 2008, Parcourir la Terre, L’Harmattan, p. 113). Il y retournera à de très nombreuses reprises, publiera un ouvrage scientifique sur la question en 1973 (avec Charles Pomerol) et y effectuera sa toute dernière mission en décembre 1998, à l’âge de 96 ans.

Le Guelb er Richat a d’autre part, attiré l’attention des premières missions spatiales à cause de sa forme caractéristique en “oeil” dans un paysage désertique passablement monotone. Aussi est-il devenu un point de repère pour les cosmonautes.

Interprétation scientifique

L’explication la plus couramment admise est qu’un dôme magmatique s’est formé, sur un croisement de lignes de failles, il y a cent millions d’années environ, et s’est arrêté de croître avant que le dôme ne fût devenu volcan. Les vieux grès du cambrien soulevés par la mise en place du dôme ont ensuite été le jeu des fractures et de l’érosion pour présenter ce système de cuestas concentriques qui donne aujourd’hui au Richat son caractère un peu mystérieux.

Après l’avoir interprété comme un astroblème (structure d’impact météoritique), les géologues songèrent à un soulèvement symétrique (anticlinal circulaire).

Mais Th. Monod, qui étudia ce phénomène avec quelques collègues, publia, il y a près d’un demi-siècle (Monod et Pomerol, 1973) des hypothèses très proches de l’explication communément acceptée aujourd’hui.

Ainsi, depuis 1980 environ, il est acquis que la structure de Richat est celle d’un “complexe alcalin” issu d’une forme particulière de volcanisme remontant à 100 millions d’années (Crétacé : fin de l’ère secondaire) ayant créé un dôme magmatique associé à des manifestations hydrothermales (circulation d’eaux très chaudes et sous très hautes pressions)

 

La mise en place de ce complexe s’est effectuée lors de l’ouverture de l’Océan Atlantique.

 

 

Des failles profondes sont également observables, ayant permis la remontée de carbonatites, roches liées à des complexes de roches alcalines et localisées le long de failles majeurs de l’écorce terrestre.

 

 

Les failles profondes atteignent la discontinuité de Mohorovicic *. Cette discontinuité, qui se situe vers 35 km de profondeur marque la limite entre croûte terrestre et manteau supérieur.

* C’est, en fait, une discontinuité physico-chimique : la croûte terrestre étant formée de roches basaltiques (au niveau des océans) et de roches granitique (au niveau des continents) alors que le manteau est constitué de péridotites (roche magamatique ultrabasique à grenats, amphiboles, olivine,…).

Le terrain en place, situé au-dessus du dôme, composé de sédiments déformés par la poussée, se serait effondré à la suite d’une longue et lente érosion de type karstique**, ce qui expliquerait la présence de brèches au centre de la formation.

** C’est à la dissolution des calcaires que sont dus les phénomènes appelés karstiques, du nom d’une région de l’Istrie qui en fournit le plus bel exemple (Combaluzier, Introd. géol.,1961, p. 83).− [kaʀstik]. − 1reattest. 1902 (Nouv. Lar. ill.); de karst, suff. -ique*.

Les grès quartzites*** du Primaire qui composaient les couches de la structure alternant avec le calcaire, ont mieux résisté à l’érosion et forment aujourd’hui les anneaux résiduels concentriques (“rich”) du Guelb.

*** roche siliceuse massive, constituée de cristaux de quartz soudés. Il présente une cassure conchoïdale (semblable à la cassure du verre). Sa couleur est généralement claire.

D’autres phénomènes semblables (complexes alcalins), quoique de dimensions moindres, sont maintenant reconnus notamment au Mali (Tadhak, à l’Ouest de l’Adrar des Ifoghas), mais aussi en Algérie, et au Tchad.

On pourrait s’étonner de la connaissance précise de la répartition de ces massifs et de celle des carbonatites, mais si des prospections assez fines ont été réalisées en divers secteurs, c’est tout simplement que les carbonatites sont habituellement associées à la présence de diamants.

 

Centres d’intérêt directs ou proches

 

Géologie

– 1) Roches diverses du Richât :

parmi les plus remarquables…

      . Brèche / Piton central : sphérules (cf. Boureau, 1983)

           . Carbonatites : nombreux filons tout autour du Guelb mais surtout à l’Ouest.

       . Kimberlites : pas de puits kimberlitique dans le Guelb, mais des amorces, 25 km à l’Ouest au niveau des Semsiyyât (6 km avant le ravin d’Akhmakou). Recherche diamantifère australienne menée à ce niveau en 1999-2000.

         . Gabbros : affleurements en petits dômes, à l’Ouest.

   . Silexites : au niveau de Megsem Tamat, à l’Ouest

     . Sels divers : dépôts au niveau de la “sebkha” (Sebkhet el Guelb).

    . Analcimolithes : au centre, au NE de la sebkha.

 

– 2) Sebkhet Touijinit : au SW du Guelb, sebkha et zone de forte déflation où s’observent des “dreikanter”.

– 3) Megsem Tamat : bancs de silexites de couleurs variées.

– 4) Sebkhet el Guelb : dépôt de sels et banquette d’analcimolithes au NE.

– 5) Rich Serize : lambeaux d’un bel esker (glaciation précambrien terminal), découpé par la surrection du Guelb. Cet esker est contemporain de ceux de Zerga et de Herrour.

– 6) Filons carbonatite : nombreux à l’Ouest du Guelb.

– 7) Gabbros

Biologie :

Les roches (falaises, éboulis…) abritent de très nombreuses espèces végétales et animales qui trouvent là (pour vivre et s’y reproduire) une protection efficace contre une évaporation excessive (soleil, vent).

Ainsi, tout comme en Adrar Tmar, on note :

  • Végétaux :

Lorsque les pluies surviennent, une longue liste d’espèces peut s’observer.

  • Animaux :

Lorsque les pluies surviennent, une longue liste d’espèces peut s’observer.

. Invertébrés : insectes (la liste est longue : coléoptères, lépidoptères…), arachnides,…

. Vertébrès :

Reptiles (lézards et serpents, dont Malpolon moilensis, Couleuvre de Moïla),

        Oiseaux nicheurs :

Hirundo rupestris, Hirondelle de rochers

Falco biartmicus, Faucon lanier

Bubo ascalaphus, Grand duc ascalaphe,…

                     Mammifères

Rhinolophus et Epseticus , Chauve-souris

Mellivora capensis, Ratel

Canis aureus, Chacal doré

Felis libyca, Chat des sables

Fennecus zerda, Fennec

 

Archéologie

– 1) Agweidir

(d’après R. Vernet, 2003, modifié et complété).

A une vingtaine de km dans l’ENE de Ouadane, à proximité de l’excellent puits de Hassi Thiba se trouve un site archéologique multiple.

Un premier ensemble comporte un important réseau de fondations de murs en briques crues, entourées d’une très grande quantité de tessons, d’ossements et de pierres (matériel de broyage ?).

Un second, dans le quart nord-ouest du tell,est constitué d’une construction quadrangulaire également en briques crues. Aux 4 angles s’élèvent des tourelles en forme d’ogives 3mù de diamètre pour 2 m de hauteur.. L’état de conservation des tourelles et les éléments végétaux contenus dans les briques semblent indiquer une construction tardive et peut-être éphémère de l’édifice.

Un amas de tessons de bouteilles en verre irait dans le même sens.

Il semble que ces deux ensembles soient liés : petit “village” établi à proximité d’un camp militaire établi par les troupes méharistes françaises (1935-1945).

Le “style” de construction est celui du camp de El Ghallaouiya (établi aux abord du puits de Bir Zemran), 80 km à l’Est du puits de Hassi Thiba.

Plus anciennement, et selon une information recueillie à Ouadane, les Portugais (auxquels ont prête en cette région une présence ancienne) auraient, au XVe siècle, brièvement choisi cet endroit, qui s’appelait Veregni, afin de se rapprocher des routes caravanières entre la boucle du Niger et l’Afrique du Nord.

– 2) Ermitage de Cheickh Mohamed Fadel

“Dar Md Fadel” est un bâtiment de pierres sèches situé 8 km (environ) à l’Est du puits de Hassi Thiba. Il a été découvert, à proximité immédiate, par Th. Monod des bifaces de très grandes dimensions (80 cm, 1 mètre) décrits comme faisant partie du Fadélien.

– 3) Galets aménagés :

Au Nord et au Nord-Ouest du Guelb, se trouvent les oueds Akerdil et Bamouéré. A la surface de leurs zones d’épandage s’observent, par millions, des galets aménagés, témoins de l’occupation paléolithique des lieux. (cf. Doc 5).

 

Conclusion / Intérêt :

– Intérêt

Géologique : multiple

Flore et Faune

Archéologique : paléolithique, néolithique, subactuel

 

Texte : Bruno Lamarche 

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