Nouakchott et littoral sud

Capitale créée ex nihilo en 1958, port de pêche où débarquent chaque soir 2000 pirogues, et delta du fleuve Sénégal côté Diawling : le sas d'entrée de la Mauritanie.

Nouakchott n'a pas l'ancienneté d'une médina, ni le décor de carte postale d'autres capitales sahéliennes. La ville a été créée en 1958 sur un plateau sableux entre l'Atlantique et le désert, choisie comme capitale à l'indépendance précisément parce qu'elle n'appartenait à aucune des grandes tribus du pays. En soixante ans, elle est passée de quelques milliers d'habitants à plus d'un million, gonflée par l'exode rural des sécheresses des années 1970 et 1980. C'est cette histoire récente que nous expliquons aux voyageurs dès le briefing : Nouakchott ne se visite pas comme une vieille cité, elle se lit comme un précipité de la Mauritanie contemporaine, maure au nord, négro-africaine au sud, nomade hier, urbaine aujourd'hui.

Le point fort de la capitale, celui que nous incluons systématiquement, c'est la plage des pêcheurs au nord du port de l'Amitié. Chaque fin d'après-midi, environ 2000 pirogues en bois peint reviennent de la mer et s'échouent sur le sable. Les équipages, en majorité originaires de Saint-Louis du Sénégal, débarquent courbines, mulets et raies sous les cris des mareyeuses. Le spectacle est brut, parfois rude, jamais mis en scène pour le visiteur. À quelques kilomètres au sud-est, le marché aux chameaux d'El Mina fonctionne lui aussi sans concession au tourisme : ventes au petit matin, négociations en hassaniya, animaux destinés à l'abattage ou à la reproduction. Le Musée national, plus modeste mais utile, donne les clés archéologiques et ethnographiques pour comprendre la suite du voyage.

Vers le sud, la route bitumée file 200 kilomètres jusqu'à Rosso, poste frontière avec le Sénégal sur le fleuve du même nom. Le paysage change vite : les dunes ocre laissent place à une savane sahélienne piquetée d'acacias, de gommiers et, près du fleuve, de palmiers doum. C'est dans cette bande étroite, large de quelques dizaines de kilomètres, que vit la majorité agricole du pays, peuls, soninkés, wolofs et haalpulaar'en. Les villages de Keur Macène, Tiguent ou Boghé alignent leurs maisons basses près de rizières et de cultures maraîchères qui contrastent fortement avec l'aridité des régions intérieures.

Au sud-ouest, le Parc national du Diawling protège la rive nord du delta du fleuve Sénégal. Créé en 1991 pour réhabiliter une zone humide asséchée par le barrage de Diama, il abrite aujourd'hui pélicans blancs, flamants nains, hérons goliath et plusieurs milliers de canards migrateurs en hiver. C'est l'envers exact du Banc d'Arguin plus au nord : mêmes oiseaux migrateurs en partie, mais dans un décor d'eau douce, de mangroves et de tamarix. Les villages imraguen y sont remplacés par des campements de pêcheurs sénégalo-mauritaniens et des coopératives de femmes qui transforment le nénuphar et le fonio.

Côté table, le sud littoral est la région où l'on mange le mieux du poisson en Mauritanie. Le thiéboudiène, riz au poisson hérité du voisin sénégalais, se sert dans la plupart des gargotes de Nouakchott. Plus typique du pays, le mechoui d'agneau et le thé vert à la menthe servi en trois tournées rythment les réceptions. Sur le marché Capitale, au centre-ville, on trouve les dattes de l'Adrar, la gomme arabique du Trarza et les tissus mlahfa que portent les femmes maures.

Nouakchott reste avant tout le sas logistique du voyage : aéroport international Oumtounsy à 25 kilomètres au nord, agences bancaires, hôpitaux de référence, ambassades. Nous y organisons les briefings, les achats de dernière minute et la mise en route des 4x4. Une nuit sur place suffit à la plupart des circuits, deux si l'on veut combiner port de pêche, Diawling et marché aux chameaux sans courir.

À découvrir

Plage des pêcheurs au retour des pirogues. Vers 17h, environ 2000 pirogues lébou et imraguen s'échouent en même temps sur le sable du port de l'Amitié. Débarquement des prises, tri du poisson et négociations bruyantes sur 800 mètres de plage.

Marché aux chameaux d'El Mina. À l'aube, dans la périphérie sud de Nouakchott, des centaines de dromadaires venus du Trarza et de l'Assaba changent de propriétaire au son des palabres en hassaniya. Aucune mise en scène, le marché fonctionne pour les éleveurs.

Parc national du Diawling. Delta du fleuve Sénégal côté mauritanien, observation en pirogue de pélicans blancs, flamants nains et hérons goliath entre novembre et mars. Sortie d'une journée depuis Nouakchott, ou nuit en campement à Bouhajra.

Musée national et marché Capitale. Deux heures suffisent pour replacer le voyage dans son contexte : préhistoire du Sahara vert, manuscrits de Chinguetti, tissus mlahfa et boubous teints à l'indigo, dattes Mejhoul de l'Adrar.

Route du fleuve jusqu'à Rosso. 200 km bitumés vers le sud à travers la savane sahélienne, villages peuls et soninkés, rizières du Trarza et passage par Keur Macène. Bascule paysagère nette entre dunes et terres cultivées.

Quand y aller

La meilleure fenêtre va de novembre à mars. Les températures à Nouakchott oscillent alors entre 18°C la nuit et 28 à 30°C en journée, avec une brise marine qui rafraîchit le littoral. C'est aussi la saison où le Diawling concentre les oiseaux migrateurs d'Europe du Nord, et où les pirogues sortent quotidiennement. Avril et mai restent praticables, mais la chaleur monte vite vers l'intérieur dès qu'on s'éloigne de la côte.

De juin à octobre, la région bascule en saison chaude et humide. Nouakchott reste tempérée par l'océan (32 à 35°C), mais l'humidité dépasse 70%, et les pluies de mousson, bien que modestes (100 à 150 mm cumulés sur août-septembre), suffisent à rendre certaines pistes du Diawling impraticables. Les vents de sable, fréquents en mars-avril, peuvent réduire la visibilité sur la route du sud pendant une journée ou deux.

Conseils pratiques

Comptez 1 à 2 nuits à Nouakchott en début ou fin de circuit, le temps des formalités, du briefing, de la plage des pêcheurs et du marché aux chameaux. Pour intégrer le Diawling, prévoyez 2 jours supplémentaires en aller-retour, ou 3 jours si vous descendez jusqu'à Rosso et au fleuve. L'aéroport international Oumtounsy, à 25 km au nord de la ville, est le point d'entrée naturel du pays, desservi notamment depuis Paris et Casablanca.

La région se combine logiquement avec l'Adrar (1h30 de vol intérieur ou 600 km de route vers Atar) et le Banc d'Arguin (200 km au nord, accessible en 4x4). Le Train du désert se prend depuis Nouadhibou et peut s'enchaîner après quelques jours sur le littoral sud. Le confort à Nouakchott est correct, plusieurs hôtels de standing international et maisons d'hôtes en bord de mer, mais la ville se prête peu à la promenade libre : nous recommandons les déplacements en véhicule avec chauffeur. Cette portion du voyage convient à tous, voyageurs contemplatifs intéressés par les oiseaux et les paysages humides, familles avec enfants qui apprécieront le port de pêche, ou simplement ceux qui veulent comprendre la Mauritanie urbaine avant de partir vers le désert.

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